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La cavalerie Polonaise

Par arzok - Edition du : 09 October 2009 - Créé le : 05 March 2006


1         Importance de la cavalerie au début de la guerre.


En 1939, la cavalerie était encore importante dans toutes les armées.

La première utilisation du cheval à laquelle on ne pense pas immédiatement quand on entend cavalerie est la traction : Une bonne partie de l’artillerie était hippomobile en 1939 :

Artillerie Allemande « tractée » :

Canon de 37mm polonais tracté.

En 1939-40, 50% de l’artillerie allemande sur le front Ouest était hippomobile !

 

Les chevaux étaient aussi utilisés pour la reconnaissance, et pour le transport de l’infanterie.

On voit sur cette photo allemande (Pologne, septembre 1939) l’usage mixte de vélos, chevaux et bien sur, de la marche classique pour faire avancer l’infanterie.


 
La cavalerie était donc principalement engagée comme moyen de transport, mais très peu au contact direct. La Pologne, par tradition et par choix, possédait sans doute les meilleures unités de cavalerie en 1939. La campagne de Pologne vit l’engagement direct de ces troupes d’élite.


2         La campagne de Pologne, les armées en opposition

2.1      Structure de l’armée Polonaise :


Les forces Polonaises étaient composées de :

    *    23 divisions d’infanterie, 3 de réserve
    *    3 brigades de montagne
    *     une brigade motorisée
    *     8 brigades de cavalerie

Chaque brigade de cavalerie avait une batterie d’artillerie d’une quinzaine de canons de 75mm


Cavalerie Polonaise déployant une batterie de 75mm

L’importance de la cavalerie polonaise s’explique par les succès qu’elle rencontra en 1920 contre les Bolcheviques. De plus, la zone frontalière entre la Russie et la Pologne manquait terriblement de routes, et contenait de nombreux marais. La cavalerie était tout à fait adaptée à ce genre de terrain et  de mission.


Cavalerie antichar 37mm polonaise

2.2      Comparaison avec les Allemands


En terme équivalent, les Allemands engagèrent 560 bataillons d’infanterie, contre 375 pour les Polonais, 5800 canons d’artillerie contre 2000, 2500 tanks contre 615.

En terme de moyen de transport, les divisions d’infanteries allemandes possédaient 5400 chevaux, 900 véhicules et 500 motos. Les Polonais 7000 chevaux, et seulement 76 véhicules par division. On voit dans cette comparaison la différence de conception des armées sur le plan mécanique, mais aussi la différence économique entre les deux pays. L’Allemagne était une puissante nation industrielle, très mécanisée, alors que la Pologne était essentiellement agraire…

Pour mieux comprendre la défaite rapide de l’armée Polonaise, il faut ajouter bien sur le fait que les formations polonaises n’étaient pas toutes mobilisées, ni toutes sur le front, contrairement aux allemands.

Enfin, comme nous l’avons vu, la mécanisation était très poussée chez les Allemands, et l’usage de la radio très développé.

2.3      Equipement de la cavalerie Polonaise


La lance fut abandonnée en 1930. Ce n’est donc pas avec cette arme que les cavaliers polonais chargeaient en 1939 !!! L’armement était classique. Le cheval permettait une grande mobilité, mais une fois sur le champ de bataille, les soldats mettaient pied à terre et combattaient comme n’importe quelle unité d’infanterie. Si ce n’est que le cheval permettait l’emport rapide d’arme de type mitrailleuse ou mortier.

 
Le sabre faisait partie bien sur de l’équipement, et permettait si l’occasion se présentait de charger.



Uniforme de cavalier et d'officier





Un soldat monté du 15ieme lancier, un caporal du 12ieme lancier :

 

Une parade avant la guerre.


Autres images




3         La bataille de Mokra, 1 septembre 1939


Le plus grand engagement entre des troupes de cavalerie Polonaise et les troupes allemandes eu lieu à Mokra, le premier septembre 1939. La brigade de cavalerie Wolynia combattit alors la quatrième division de Panzer. Cette bataille montra le haut niveau de moral et d’entraînement de la cavalerie Polonaise, mais aussi ses limites…

 

 

 La bataille de Mokra n’était que les prémices de la blitzkrieg, et montra aux allemands que la tactique avait besoin d’être améliorée. Les divisions de Panzers manquaient alors du soutien de l’infanterie (et de la bonne synchronisation des troupes) pour pouvoir submerger une position bien préparée et défendue par des troupes déterminées comme ce fut le cas à Mokra.

Mais l’enseignement fut rapidement appris, et quelques jours plus tard, la course vers Varsovie sera engagée…

 

Cette première phase de la bataille de Pologne fut très difficile pour les Allemands. La première ligne de défense des Polonais était dans des forets denses, à 32 km de la frontière. La bataille la plus intense eut lieu à Mokra, tenue par la brigade Wolynia. En dépit des attaques répétées de la 4ieme division de Panzer, la cavalerie Polonaise tenait bon et infligeait des pertes sévères aux allemands. Les attaques de tanks étaient mal coordonnées avec l’infanterie, reflétant la difficulté de mettre en place la nouvelle doctrine sur les chars.

 

La première attaque eu lieu à 8H00 du matin. 25 chars furent envoyés sur Mokra. Mais les canons antichar de 37mm du 21ieme lancier repoussèrent l’attaque.


Canon AT de 37mm (design Bofors), 27 par division d’infanterie, 14 par brigade de cavalerie.

 

A 8H30 , une reconnaissance motocycliste  fut envoyée sur le flanc droit des Polonais, pour tester le 19ieme lancier.

A 10H00, une attaque majeure fut lancée. Elle fut repoussée par l’artillerie hippomobile et par celle du train blindé.

Chars allemands détruits à proximité de Mokra :



A 11H00 , nouvelle attaque, cette fois ci, avec le support de l’infanterie.

A 13H00, attaque principale avec une centaine de char. Une compagnie de Panzer réussi une percée des lignes Polonaises, jusqu’à la ligne de chemin de fer derrière le village de Mokra. La brigade Wolynia était supportée par le train blindé Smialy, et les panzers furent pris à partie à courte portée par les canons du train. Celui ci comprenait deux wagons d’artillerie (deux canons de 75 chacun), une compagnie d’assaut dans un wagon spécial, et plusieurs tankettes sur un plateau, que l’on pouvait décharger rapidement pour faire de la reconnaissance, ou de la défense rapprochée. Ce train blindé se montra très efficace à Mokra. Mais ultérieurement la vulnérabilité aux avions condamna rapidement ce type d’engin.

Les Allemands furent repoussés jusqu’au bois.


Le train blindé Smialy

A 14H00, le train blindé est endommagé par une attaque aérienne

A 16H00, dernière attaque majeure du jour. Les blindés sont repoussés par les fusils antichar, les tankettes et les autoblindées du 21ieme bataillon blindé. Accompagnés par l'infanterie du second régiment de montagne, les blindés légers polonais émergerent de la forêt, surprenant les tanks allemands. Dans la confusion, certains équipages allemands tirerent sur leurs compatriotes ! Les Polonais perdirent 4 autoblindées, mais l'attaque allemande fut repoussée.


autoblindée Wz 34
 

Fusil antichar Polonais Wz 35
dotation 92 par division
Le projectile tungstène permettait de percer tout char Allemand, mais le caractère top secret de cette munition limita sa diffusion !

 

Enfin, des attaques de Stuka à l’arrière du village causèrent des pertes terribles parmi les chevaux et le ravitaillement, mais ne permirent pas de briser la résistance Polonaise.

Mais les limites du modèle Polonais furent atteintes. Les pertes Allemandes furent terribles, mais la brigade s’épuisa peu à peu, et sans renfort, elle dut décrocher dans la soirée, poursuivi par les tanks allemands.

 

4         La bataille de  Krojanty 1 septembre 1939





Au cours du matin du premier septembre, la 20ieme division d’infanterie motorisée s’enfonça dans le ‘corridor polonais’. Après avoir passé le carrefour vital de Chojnice, en continuant le long de la ligne ferré Chojnice-Naklo, l’avant garde allemande fut arrêtée par une unité de réserviste récemment mobilisée. Les Polonais résistèrent vaillamment, mais peu à peu, les pertes s’élevaient, et les munitions s’épuisaient. Les Allemands étaient trop proches pour envisager une retraite en bon ordre. La brigade de cavalerie Pomorska, stationnée dans un bois près du village de  Krojanty, fut envoyée pour pouvoir extraire l’infanterie Polonaise.

 
Soldats du 18ieme Uhlan, brigade Pomoarska, 1939

Arrivé en vue des allemands, au repos dans un bois, le Colonel Mastalerz décida de prendre ceux ci par surprise et ordonna une charge, tactique rarement utilisée. Ce fut la première charge de cavalerie de la seconde guerre mondiale… Aussitôt quitté le couvert du bois, les Polonais subirent le tir des mitrailleuses allemandes. La chaîne de cavaliers poursuivie sa charge sabre au clair. Malgré les pertes en hommes et chevaux, la charge fut terrible. 250 cavaliers, sabres brillants dans le soleil, parcoururent le champ les séparant des allemands.

Sous le choc, l’unité d’infanterie allemande fut complètement dispersée alors que les Polonais prenaient possession du bois. Les officiers allemands, choqués par la puissance de la charge, tentèrent de sauver leurs hommes en retraitant. Le temps gagné permis au premier bataillon d’infanterie et au bataillon de défense de Czersk de faire retraite en bon ordre.

 

Malheureusement, les bruits de la bataille furent entendus par une unité d’autoblindée stationnée tout prêt. La cavalerie Polonaise ne remarquant pas immédiatement l’arrivée des automitrailleuses,  fut prise sous le feu des mitrailleuses des blindés. En peu de temps, la moitié des cavaliers était tombée. Le Capitaine Swiescieak, ayant mené la charge, et le colonel Mastalerz, commandant du régiment, tombèrent aussi. Les survivants, ayant vu que l’infanterie Polonaise avait pu se retirer, décrochèrent à leur tour.

 

SdKfz 222, canon 20mm

D’après les mémoires de général Guderian, la charge impressionna énormément les Allemands, provoquant une panique terrible parmi les soldats et les officiers de la 20ieme division d’infanterie motorisée. Elle fut obligée de retarder son plan de bataille, et considéra un retrait tactique. Ceci ne fut prévenu que par l’intervention personnelle du Général Gudérian.

 

Naissance de la légende.

Le 2 septembre, le 18ieme régiment de Uhlans fut décoré par le général Grzmot-Skotnicki.

Le même jour, des correspondants de guerre allemands furent amenés sur le champ de bataille, ainsi que deux journalistes italiens. On leur montra les corps des cavaliers et des chevaux tombés, ainsi que les blindés allemands. Un des journalistes italiens rédigea un article, décrivant la bravoure et l’héroïsme des Polonais, chargeant  stupidement les tanks avec lances et sabres ! Bien qu’une telle charge n’ait jamais été faite, les tanks n’étant arrivés qu’au cours de la bataille, la légende fut utilisée par la propagande allemande. A la fin de la seconde guerre mondiale, cet exemple était toujours utilisé par la propagande soviétique pour illustrer la stupidité du commandement Polonais.



Bibliographie :


Mappy pour les plans

Google earth pour les vues satellites.

Encyclopédie :
www.nationmaster.com/encyclopedia/Polish-war-myths

Poland 1939, the birth of the Blitzkrieg, by Mr Scanbot, Osprey publishing.

The polish army, 1939-1945, Osprey publishing.

Advance Squad Leader 51

Site internet :

www.secondeguerre.net/pologne.htm

composition d'un régiment de cavalerie www.axishistory.com/index.php

derela.republika.pl/form.htm

www.bolas.prv.pl/

pibwl.republika.pl

niehorster.orbat.com/000_admin/000oob.htm

www.polishforums.com/poland-politics-history-34/polish-military-in-pictures-38822/

Autre lecture :

L'histoire du meilleur char polonais, le 7TP